Écrits

Une trajectoire vers le réel

J’ai grandi entre plusieurs mondes.

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À Mayotte, en Guadeloupe, puis au contact des sociétés de l’océan Indien et de l’Afrique subsaharienne, j’ai découvert très tôt que le monde ne se résumait pas à celui dans lequel j’étais né.

Les mêmes mots — richesse, pauvreté, travail, liberté, réussite — ne recouvrent pas partout les mêmes réalités.

J’ai vu la pauvreté de près. J’ai vu la dureté de certaines existences. J’ai vu aussi la capacité des individus à créer, à s’adapter et à avancer malgré des conditions parfois difficiles. Cette expérience a laissé une empreinte profonde.

Avant de vouloir changer le monde, il fallait apprendre à le regarder.

Apprendre à se mesurer au réel

Le golf a occupé une place importante dans cette construction. Le haut niveau m’a appris une chose essentielle : entre ce que l’on veut faire et ce que l’on accomplit, il existe toujours le réel.

Il faut lire le terrain. Accepter l’incertitude. Mesurer le risque. Choisir une trajectoire. Puis assumer son choix. Personne ne joue le coup à votre place.

Cette relation entre liberté, décision et responsabilité m’a accompagné bien au-delà du sport. Elle allait devenir, sans que je le sache encore, une manière de penser l’entreprise, l’investissement et les marchés.

J’ai également grandi dans un environnement où se croisaient le droit et l’entrepreneuriat. Mon père, avocat à Paris pendant plus de quinze ans, m’a transmis le goût de la rigueur, du raisonnement et de la compréhension des institutions. Puis il a fait le choix de quitter le droit pour entreprendre dans les énergies renouvelables.

J’ai ainsi découvert très tôt qu’une compétence n’avait de sens que lorsqu’elle pouvait devenir une capacité d’action.

Comprendre l’homme

J’ai d’abord cherché à comprendre l’homme avant de chercher à comprendre les systèmes qu’il construit. La philosophie s’est imposée naturellement.

Je me suis particulièrement intéressé à l’anthropologie, à l’ethnologie et aux approches scientifiques : comprendre les sociétés, leurs structures, leurs contradictions, leurs croyances et les mécanismes qui les traversent. Puis les mathématiques et les sciences m’ont ouvert une autre porte : celle des systèmes complexes.

C’est là que j’ai découvert les marchés financiers. J’y ai trouvé quelque chose qui me fascinait. Derrière l’apparente abstraction des chiffres se trouvait une concentration extraordinaire de comportements humains, de décisions, de risques, d’anticipations et de rapports de force.

J’ai voulu comprendre. Pas depuis l’extérieur. Depuis l’intérieur.

Entrer dans le système

Lorsque je me suis lancé dans la finance, je pensais, à vingt ans, avoir déjà compris l’essentiel de l’économie. J’avais alors une conviction forte : la finance et la dérégulation étaient largement responsables de nombreux déséquilibres sociaux et d’une répartition que je jugeais insuffisamment juste.

Mon intuition était presque instinctive : si le système produisait de l’inégalité, il fallait le combattre. Il fallait, en quelque sorte, « brûler la Bourse » et reprendre l’argent aux puissants pour le rendre au plus grand nombre. Une forme de Robin des Bois.

Puis j’ai fait le choix le plus paradoxal qui soit pour quelqu’un qui pensait ainsi : je suis entré dans le système.

Et plus j’apprenais, plus je comprenais que la réalité était différente. J’ai compris que l’économie n’était pas un monde séparé de la société. La finance n’était pas seulement une affaire de banques, de traders ou de marchés. Elle était partout.

Dans l’emploi. Dans les salaires. Dans l’investissement. Dans l’innovation. Dans les infrastructures. Dans l’environnement. Dans le quotidien de chacun.

Nous étions tous, que nous le voulions ou non, partie prenante de cette économie.

Alors ma question a changé. Il ne s’agissait plus de savoir comment combattre la finance. Il fallait comprendre comment elle fonctionnait, ce qu’elle produisait et ce qu’il était possible d’en faire.

Une conviction s’est alors imposée à moi : on ne transforme profondément que ce que l’on a pris le temps de comprendre. Il fallait connaître les ressorts du système avant de pouvoir espérer le transformer.

C’est de cette conviction qu’est née ma démarche entrepreneuriale.

J’ai commencé comme trader pour compte propre, avant de me former aux États-Unis. Puis une autre question s’est imposée : celle de l’accès aux marchés financiers.

La transparence des coûts. Les frais. L’exécution des ordres. La relation entre les intermédiaires et ceux qui leur confient leur capital.

Je me suis alors progressivement tourné vers la finance institutionnelle, la banque, le courtage et la gestion d’investissement. J’ai créé mon fonds d’investissement, puis développé une activité de gestion d’actifs avec la volonté de ne jamais séparer le monde financier de celui de l’économie réelle.

Le capital n’était pas une fin. Il devenait un moyen. Un moyen d’investir, de construire, de développer, de transmettre.

C’est pourquoi mon activité s’est progressivement étendue à des secteurs aussi différents que les énergies renouvelables, la santé et d’autres composantes de l’économie réelle.

J’ai également cherché à réunir autour de moi des professionnels dont l’expérience venait compléter la mienne : commissaires aux comptes, auditeurs, fiscalistes, dirigeants et professionnels de la banque, de la finance et de la gestion, certains ayant consacré plusieurs décennies à leur métier.

Car une conviction personnelle ne suffit pas à construire. Il faut la confronter au réel. Il faut accepter le regard de ceux qui savent. Il faut apprendre. Et continuer à apprendre.

Mon parcours n’est donc pas celui d’un homme qui aurait découvert une vérité et décidé de la défendre. C’est celui d’un homme qui a changé de regard en entrant dans le monde qu’il voulait comprendre.

De la critique à la connaissance. De la connaissance à l’action. Et de l’action à une conviction : comprendre le réel est la première condition pour avoir une chance de le transformer.

Guillaume AntierFondateur et Chief Executive Officer
L’organisation

BGVP Capital Group

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